MANASE BHAJARE

Discours prononcé par Bhagavan Sri Sathya Sai baba
le 15 octobre 1953 (date approximative)
à Prasanthi Nilayam

à l’occasion de :
Vijayadasami

Vous savez qu'un jour, quand J'étais étudiant à l'école secondaire d'Uravakonda, J'ai jeté au loin mes livres d'école en déclarant que Mon travail M'attendait. Le pandit telugu qui vient de s'adresser à vous vous a décrit cet incident. Ce jour-là, J'ai déclaré publiquement que J'étais Saï Baba, et J'ai enseigné à ceux qui étaient présents cette chanson qui disait :


Mānase bhajarē guru charanam
Dustara bhavasāgara taranam…


C'est ainsi que J'exhortais tous ceux qui souffrent du cycle des naissances et des morts, à adorer les pieds du Guru (précepteur spirituel), le Guru qui s’annonçait lui-même, qui est venu à nouveau pour porter lui-même le fardeau de tous ceux qui prennent refuge en Lui. C’était mon tout premier message à l’Humanité. Mānase bhajarē signifie « Adorez en esprit ». Je n'ai pas besoin des guirlandes de fleurs et des fruits que vous M'offrez : ce sont des articles que vous pouvez vous procurer pour un anna ou deux et qui ne sont pas vraiment à vous! Donnez-Moi plutôt quelque chose qui soit vraiment à vous, qui soit pur et embaume le parfum de la vertu et de l'innocence, le tout lavé dans les larmes du repentir ! Les guirlandes et les fruits que vous M'offrez sont comme des objets de démonstration, d’étalage  de votre dévotion ; les fidèles plus pauvres qui ne peuvent se permettre d'en faire autant sont humiliés et désolés d’être démunis ; ils ne peuvent exprimer leur dévotion d'une manière aussi « brillante » que vous !


Installez le Seigneur dans votre cœur, et offrez-Lui les fruits de vos actions et les fleurs de vos pensées et de vos sentiments les plus intimes. Voilà le culte que Je préfère, la dévotion que J'apprécie le plus.

Réformer la conduite de l’homme est de tout temps le but des Avatars

Dans les boutiques, les articles sont gardés dans des emballages séparés et chacune se spécialise dans la vente d’objets particuliers ou d’assortiments d’objets. Mais, lors d'une exposition, des centaines de boutiques se groupent pour proposer toutes sortes d’articles dans une grande diversité d’étalages, d’aménagements et de dispositions.


Tous ces derniers temps, J'ai généralement donné des conseils personnels, comme les paquets vendus dans les boutiques, et j’ai répondu à des questions individuelles. Ce ‘discours’ d’aujourd’hui est une nouvelle expérience pour vous, car c'est à la foule que Je M'adresse ; mais, même si cela peut être nouveau pour vous, ça ne l’est pas pour Moi ! Dans Mes incarnations précédentes, il M'est arrivé souvent de donner des conseils à un auditoire important.


Quand nirākāra (ce qui est sans forme) devient sakāra (assume une forme physique et s'incarne), il remplit Sa mission et le fait de différentes manières. Mais le but principal de cette mission, qui est la rééducation de l'homme, persiste quel que soit le yuga  (l'ère) où l'on se trouve.


Comme je vous l’ai souvent déjà dit, les seize premières années de cette vie ont été dominées par les bālalīlas (jeux enfantins du Seigneur). Les seize suivantes sont surtout marquées par les mahimas (les miracles) pour donner santosha (la joie) à cette génération. Mais la joie et le plaisir sont des sensations de courte durée ; vous devez saisir cet état d’esprit et le rendre permanent, en le transformant en ānanda (la béatitude).


Après la trente-deuxième année, vous Me verrez de plus en plus engagé dans cette tâche de l'upadesha (instruction spirituelle), enseignant l'humanité égarée, et guidant le monde le long du sentier de satya, dharma, shānti et prema (la vérité, la loi morale, la paix et l'amour).

Cela ne signifie pas qu'à partir de cette période J'éliminerai tout līla ou mahima de Mon activité, mais simplement que Ma mission principale sera de corriger les travers de l'esprit humain et de ramener les pas de l'humanité vers le sanāthana dharma (l’éternelle religion universelle).


Ne vous laissez pas entraîner par le doute et d’inutiles controverses. Ne vous demandez pas pourquoi ni comment Je fais tout cela. Les bergers de Brindāvan (lieu où Krishna passa son enfance) doutèrent, eux aussi que le petit garçon qui grandissait parmi eux puisse un jour soulever le Govardhanagiri et le tenir en l’air. Ayez plus de foi, encore plus de foi !



Le secret du succès spirituel


Une fois Krishna et Arjuna, Son disciple, se promenaient le long d’une route dégagée. Voyant un oiseau qui volait dans le ciel, Krishna demanda à Arjuna : « Est-ce une colombe ? » Il répondit : « Oui ! C'est une colombe ! » Krishna lui demanda alors : « N'est ce pas plutôt un aigle? » Et Arjuna lui répondit aussitôt : « Oui, c'est bien un aigle ! » Krishna poursuivit : « Non Arjuna, il me semble que c'est un corbeau. N’est-ce pas un corbeau ?! » Arjuna répondit : « Je suis désolé, c’est un corbeau, sans aucun doute. »

Krishna se mit à rire et le gronda d’être toujours d'accord, quelles que soient les suggestions qu’il faisait. Arjuna lui répondit alors : « Pour moi, Tes paroles ont bien plus de poids que l'évidence qui s'offre à mes yeux. Tu peux très bien transformer le corbeau en colombe ou l'aigle en corbeau et, si tu dis que c'est un corbeau, c'en est un sans aucun doute ! » Une foi inébranlable est le secret du succès spirituel.


Le Seigneur aime non le bhakta (le fidèle), mais sa bhakti (dévotion). La grâce du Seigneur est comme la pluie, c'est une eau pure qui se répand pareillement de toute part ; mais son goût change selon la nature du sol qu’elle traverse. De même les paroles du Seigneur sont-elles douces à certains et amères à d'autres. Les voies du Seigneur sont mystérieuses ; Il bénit Vidura ainsi : « Sois donc détruit ! » Et Dussāsana de cette manière : « Vis pendant mille ans ! » Cela signifiait que le « moi » inférieur de Vidura serait détruit, tandis que le faible Dussāsana devrait subir toutes les douleurs et les tribulations propres à ce monde dix siècles durant.


Vous ne connaissez pas les vraies raisons qui se cachent derrière les actions du Seigneur. Vous ne pouvez déjà pas comprendre les motifs des autres hommes qui vous ressemblent presque en tout, qui agissent avec les mêmes motifs et ont les mêmes goûts et les mêmes dégoûts! Cependant avec quelle aisance vous découvrez les motifs de l’Un qui est loin, si loin au-dessus du niveau de l’Homme ! Avec quelle désinvolture vous parlez et jugez une chose qui vous est aussi étrangère que l'atmosphère à un poisson !


La douleur est le signe dune nouvelle vie


Il existe quatre sortes d’individus : les « morts », ceux qui renient le Seigneur et déclarent qu'ils existent seuls, indépendants, libres, et qu’ils n'ont pour seuls maîtres qu'eux-mêmes ; les « malades » qui se tournent vers le Seigneur quand une calamité s'abat sur eux ou qu'ils se sentent abandonnés par ceux qui les aident habituellement; les « tièdes » qui savent que le Seigneur est leur éternel compagnon et gardien, mais ne s'en souviennent que par à coups quand l'idée devient forte ; et enfin les « bien portants » qui ont une foi ferme dans le Seigneur et qui vivent toujours dans Sa présence réconfortante et créatrice.


Vous passez de la « mort » à la « vie » et de la « maladie » à la « bonne santé », au fur et à mesure que vous faites l'expérience des difficultés de ce monde. Le monde est une partie essentielle du programme de chaque individu ; c'est par les douleurs de la recherche que l'enfant de la sagesse voit le jour. Les douleurs et les chagrins valent la peine d'être vécus. Ils indiquent la naissance d'une nouvelle vie.


En partant d’ashānti (l’absence de paix), vous finissez par acquérir shānti (la paix). De prashānti (la paix suprême), vous acquérez prakānthi (l’illumination spirituelle) et enfin paramjyothir (la lumière divine suprême). Ces vagues de joie et de douleur sont comme l'alternance des jours et des nuits. Le jour et la nuit sont des sœurs jumelles, toutes deux sont nécessaires pour augmenter la fertilité du terrain, pour activer et rafraîchir l'existence. C’est comme l’été et l’hiver. Certains Me demandent : « Baba ! Diminue un peu la chaleur estivale ! » Mais c'est pourtant grâce à cette chaleur de l'été que la terre prend du soleil l'énergie qui lui est nécessaire, de sorte que, lorsque les pluies arrivent, elle est en mesure de donner une récolte abondante.



Faites briller votre véritable nature


Le froid et la chaleur font tous deux parties du Plan divin et le vôtre est seulement de le savoir et de les traiter comme étant aussi précieux l’un que l’autre. Dans la nature, on trouve des plantes épineuses et d'autres sans épines. L'homme sage connaît la valeur des deux ; il plante tout d'abord celles qui sont sans épines et les entoure avec celles qui ont des épines, de manière à ce qu’elles puissent grandir sans être endommagées. L'activité peut aussi bien tuer que sauver. C’est comme le chat qui mord : il mord le chaton lorsqu’il le prend dans sa gueule pour les porter en lieu sûr ; il mord le rat pour le tuer et le manger. Devenez le chaton et le travail vous sauvera comme celui d’une mère aimante. Devenez le rat et vous êtes perdus !


Dieu attire à Lui les individus. C’est dans la nature des deux d’avoir cette affinité, car ils sont semblables. Ils sont comme le fer et l'aimant. Mais si le fer est couvert de rouille, avec des couches de saleté, l'aimant est incapable de l'attirer. Enlevez la saleté, c'est tout ce que vous avez à faire. Brillez de votre nature réelle et le Seigneur vous attirera en Son sein. Les épreuves et les souffrances sont les moyens par lesquels ce nettoyage s’accomplit. Voilà pourquoi Kuntī priait ainsi Krishna : « Donne-nous toujours du chagrin afin que jamais nous ne t'oubliions ! » Les soucis sont en effet comparables au régime alimentaire et autres restrictions que le médecin nous impose pour augmenter l'effet du médicament qu'est nāmasmarana (la répétition constante du nom sacré).

N’abandonnez pas la Sādhana


Sai est sarvajanapriya (aimé de tous), vous pouvez donc L'appeler par n'importe quel nom qui vous donne de la joie. Les goûts diffèrent selon le tempérament et le caractère que chacun a acquis par son activité en tant qu’être vivant dans ce monde.


Le propriétaire d'un salon de thé va chez le pharmacien pour acheter des pilules quand il a mal à la tête, tandis que le pharmacien, quand il a mal à la tête, va au salon de thé pour prendre une tasse de café qu'il pense apte à le soulager. Les humains sont ainsi faits! Loko bhinna ruchih - les goûts des hommes diffèrent.


Le jñāni dit : « Sarvam Brahma mayam » - « Dieu est tout ce qui existe » ; un autre, un yogi, dira que tout est énergie ; un troisième, qui est un bhakta, dira que tout est le jeu de Bhagavān (le Seigneur). Chacun réagit selon son goût et le progrès de sa sādhana (discipline spirituelle). Ne vous moquez pas d'eux, car tous sont des pèlerins qui marchent péniblement le long de la même route.


La sādhana est essentielle pour contrôler le mental et les désirs après lesquels il court. Si vous pensez que vous n’êtes pas capables de réussir, n’abandonnez pas la sādhana, mais au contraire redoublez d’efforts, car c’est la matière pour laquelle vous n’avez pas obtenu des notes suffisantes qui requiert le plus d’étude, n’est-ce pas ? La sādhana est aussi bien propreté intérieure qu’extérieure. Vous ne vous sentez pas rafraîchis si vous portez des vêtements sales après votre bain. Pas plus que vous ne vous sentez rafraîchis si vous mettez des vêtements propres sans vous être lavés! Les deux sont nécessaires, le bāhya et le bhāva, l’externe aussi bien que l’interne.


Les enfants vous croient tout de suite quand vous leur dites que le policier viendra les prendre ou que le fantôme va venir les battre. Ils sont pleins de crainte, de force d'âme et de foi. Mais, après avoir grandi et rempli vos têtes de toutes sortes de doctrines, de dogmes, de théories et arguments, vous devez maintenant utiliser votre discernement, viveka, et découvrir Dieu, le chemin le plus difficile. Je vous le dis, il n'y a pas moyen d'échapper à cela ; toutes les créatures doivent un jour ou l'autre rejoindre Dieu, par la route la plus longue ou la plus courte.


Prasanthi Nilayam, Vijayadasami, 1953

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Texte tiré et traduit du site web officiel de l’Organisation Sai Internationale

Copyright : Sri Sathya Sai Book and Publications Trust, Prasanthi Nilayam, Inde